Vous venez de décrocher votre premier client. Il attend un prix. Vous ouvrez une page blanche et là, le vide. Vous savez tenir un rouleau ou une truelle, mais chiffrer un chantier, c'est un autre métier. Mettez un prix trop bas, vous travaillez à perte. Trop haut, vous perdez le chantier. Cette page vous donne la méthode exacte pour faire son premier devis bâtiment, étape par étape, jusqu'à l'envoi.

Pour faire son premier devis bâtiment, partez du coût réel. Calculez le déboursé sec (matériaux + main d'œuvre), ajoutez vos frais généraux, puis un taux de marque pour obtenir le prix de vente. Décomposez le chantier poste par poste, ajoutez les mentions légales obligatoires, et indiquez une durée de validité.

Pourquoi un devis n'est pas juste un prix

Un devis, ce n'est pas un chiffre lâché au téléphone. C'est un document qui vous engage. Une fois signé par le client, il vaut contrat. Le prix devient ferme. Les quantités aussi.

C'est aussi une obligation légale. Pour les travaux de bâtiment, dès que le montant dépasse 150 € TTC, un devis écrit et détaillé est obligatoire avant de commencer. En dessous, il reste fortement conseillé. Un devis mal fait vous expose à deux risques : une amende, et surtout un chantier facturé en dessous de son coût réel.

La bonne nouvelle : la logique est toujours la même, quel que soit le métier. On part du coût réel, on remonte vers le prix de vente. Jamais l'inverse.

Étape 1 : décomposer le chantier en postes

Avant tout chiffre, listez ce que vous allez réellement faire. Un chantier n'est jamais un bloc. C'est une suite de tâches.

Prenons un exemple simple : repeindre une chambre d'environ 12 m² au sol. Une fois les portes et fenêtres déduites, cela fait à peu près 36 m² de murs et plafond à peindre.

Les postes du chantier :

Chaque poste consomme de la matière et du temps. C'est sur cette liste qu'on va poser les chiffres. Si vous oubliez un poste ici, il manquera dans le prix final. C'est la première source d'erreur.

Étape 2 : calculer le déboursé sec

Le déboursé sec, c'est le coût brut du chantier : la matière plus la main d'œuvre directe. Rien d'autre. Pas vos charges, pas votre marge. Juste ce que le chantier vous coûte pour être réalisé.

Le coût matière

Comptez tout ce que vous consommez. Voici les fournitures de notre chambre, à des prix donnés à titre d'exemple. Vos prix réels dépendent de vos fournisseurs.

Fourniture Prix HT Total (≈ 36 m²)
Sous-couche (impression) 0,80 €/m² 29 €
Peinture velours (2 couches) 2,80 €/m² 101 €
Total matière 3,60 €/m² 130 €

La matière en peinture coûte peu. C'est la main d'œuvre qui pèse.

Le coût main d'œuvre

Estimez le temps réel, préparation comprise. Pour cette chambre, comptez environ 9 heures de travail.

Reste à valoriser cette heure. Attention, on parle ici du coût de la main d'œuvre : ce que l'heure travaillée coûte à votre entreprise. Ce n'est pas un prix de vente. Votre coût de main d'œuvre doit couvrir votre rémunération nette visée et le temps non facturable (devis, déplacements, administratif). Prenons, à titre d'exemple, un coût de 30 €/h. Ce montant vous est propre, il dépend de votre situation.

9 h × 30 € = 270 €

Déboursé sec = 130 € + 270 € = 400 €

Si vous facturiez ce chantier 400 €, vous travailleriez gratuitement. Le déboursé sec n'est pas un prix de vente. C'est le point de départ.

Étape 3 : ajouter les frais généraux

Vos charges fixes existent même quand vous ne peignez pas. Assurance décennale, véhicule, carburant, téléphone, logiciel, comptable. Tout cela doit être réparti sur chaque chantier.

On l'exprime en pourcentage du déboursé sec. Pour un artisan qui démarre seul, un taux compris entre 15 % et 25 % est un ordre de grandeur courant. Retenons 20 %.

400 € × 20 % = 80 €

Coût de revient = 400 € + 80 € = 480 €

À ce stade, vous savez ce que le chantier vous coûte vraiment. Vendre à ce prix, c'est rentrer dans vos frais sans gagner un centime.

Étape 4 : fixer le prix de vente (sans confondre marque et marge)

C'est l'étape qui fait perdre de l'argent à presque tout le monde. La cause : une confusion entre deux notions.

Reprenons notre coût de revient de 480 €. Appliquons un taux de marque de 25 % :

480 € × 25 % = 120 €

Prix de vente = 480 € + 120 € = 600 € HT

Votre bénéfice est de 120 €. Votre marge, elle, vaut 120 ÷ 600 = 20 %. Un taux de marque de 25 % vous donne donc une marge de 20 %.

Une précision qui évite bien des erreurs : ce prix de vente de 600 € est le prix d'un chantier, pas un « prix de journée ». On ne vend pas une journée à tel tarif. On vend un chantier chiffré à partir de son coût réel, augmenté de la marque. Le « prix de journée » qu'on voit circuler n'est qu'un repère de marché, jamais une base de calcul.

Le piège : « j'ajoute 20 %, j'ai 20 % de marge »

Faux. Si vous ajoutez 20 % à votre coût de 480 €, vous vendez à 576 €. Votre bénéfice n'est que de 96 €, soit une marge de 16,7 %, pas 20 %. Vous croyez gagner 20 %, vous en gagnez 16,7.

L'écart paraît petit : 24 € sur ce chantier. Mais sur une centaine de petits chantiers dans l'année, ce sont près de 2 400 € de bénéfice qui disparaissent, sans que vous le voyiez.

Voici le devis récapitulé, du coût au prix de vente :

Élément Montant
Déboursé sec (matière + main d'œuvre) 400 €
Frais généraux (20 %) 80 €
Coût de revient 480 €
Taux de marque (25 %) +120 €
Prix de vente HT 600 €
dont bénéfice 120 €
Marge (bénéfice ÷ prix de vente) 20 %

Ces montants illustrent la méthode. Vos prix matière, votre coût de main d'œuvre et votre marché fixent vos propres chiffres.

L'erreur que font 9 artisans sur 10

Le piège numéro un est arithmétique : confondre taux de marque et marge (voir l'étape 4). Le second : croire que la marge finit entière dans votre poche. Une marge de 20 %, ce n'est pas 20 % de net : il reste vos cotisations sociales et vos imprévus à payer. Une marge trop faible vous laisse sans filet au premier pépin.

Les autres erreurs classiques, toutes coûteuses :

Étape 5 : vérifier les mentions légales obligatoires

Un devis bâtiment doit comporter un certain nombre de mentions, fixées par l'arrêté du 24 janvier 2017 et le Code de la consommation. Voici les principales à ne jamais oublier :

Si vous bénéficiez de la franchise en base de TVA, vous ne facturez pas de TVA. Vous devez alors écrire sur le devis : « TVA non applicable, article 293 B du CGI ». Vous restez sous ce régime tant que votre chiffre d'affaires ne dépasse pas 37 500 € par an pour les prestations de services (seuil 2026, inchangé après l'abandon de la réforme du seuil unique). Au-delà de 41 250 € en cours d'année, la franchise s'arrête immédiatement.

À noter : un seuil spécifique aux travaux immobiliers, fixé à 25 000 €, revient régulièrement dans les discussions budgétaires sans avoir été adopté pour 2026. C'est un point à surveiller si votre chiffre d'affaires s'en approche.

Étape 6 : relire et envoyer

Avant l'envoi, relisez à voix haute. Chaque poste est-il là ? Les quantités sont-elles justes ? Les mentions légales y sont-elles toutes ? Un devis clair rassure le client et vous fait gagner le chantier plus souvent qu'un prix bas.

Indiquez toujours une durée de validité. Un mois est un standard raisonnable. Vos prix matière peuvent bouger, vous n'êtes pas tenu par un devis vieux de six mois.

À retenir

Faire ce calcul à la main à chaque devis est long et risqué : un poste oublié, une mention manquante, et c'est votre marge ou votre conformité qui sautent. C'est exactement ce que SOCLE automatise. Vous décrivez le chantier, SOCLE calcule le prix juste, du déboursé sec à la marque, et génère un devis propre avec les mentions légales déjà intégrées. Vous gardez la main sur vos prix, sans rien oublier.